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Seule la faim, donne la volonté de s'améliorer PDF Imprimer Envoyer
Écrit par franck Jouneau   
Mardi, 30 Décembre 2008 21:02

Chapitre 1 - Plus de pouvoir

 

Par un bel après-midi de ce mois de juin 2055, deux hommes jouent au golf sur une colline près de Hamstead en Angleterre. Le plus grand des deux est le Capitaine Gil kedrotska, l'autre le Capitaine Nathan Gurtz. Tous les deux sont dirigeants de grosses entreprises multinationales concurrentes. C'est au Capitaine Kedrotska de jouer. Tout en ajustant son bras et en plissant les yeux vers l'horizon, frappe fort la boule qui s'enfonce au loin. En fixant son regard dans la direction du jet, il s'appuie sur sa canne, et entretient son confrère. "Vous vous souvenez de ce rapport "Larochette", il y a quatorze ou quinze ans. Le Consortium l’avait commandé afin de déterminer les limites des résistances humaines ?"
_"Non, je ne rappelle pas." Ils ramassent leurs affaires lentement et consciencieusement, puis montent dans la voiture pour se diriger vers l'endroit où les balles sont tombées. Kedrotska continue : "Le rapport avait été mis de côté car il y avait des blocages de la part de ces crétins de la "Crate Industries."
_"Ca ne m'étonne pas, ils ont toujours eu le cul entre deux chaises."
_"Cette étude était une vraie bombe, son application aurait pu nous mettre à l'abri pendant des générations."
_"Non, je ne vois pas du tout, de quoi s'agissait-il ?"
_" Ce rapport était basé sur des expériences menées en Europe au début du vingtième siècle, et relatait les expériences de trois années sur des individus des couches défavorisées que l'on poussait jusqu'à leurs dernières limites, parfois jusqu'à la mort."
_"Ah oui, effectivement je me souviens de cette étude. Incroyablement brillants ces chercheurs ! D'une telle lucidité. Nous aurions eu tous les moyens d'action si le texte avait été voté. Quel gâchis !"
_"Oui, et perte de temps surtout. La seule existence de ces expériences, montrait notre supériorité, et que nous sommes bien les seuls à pouvoir assumer cette responsabilité de devoir gérer les masses."
_"Ça, c'est une évidence ! Mais il aurait fallu nous remuer les fesses un peu plus à l'époque."
_"La seule chose qui ait émergé et demeuré de cette époque d'un peu constructif, est notre devise…"
_"Hunger only, gives the will to improve ! Seule la faim, donne la volonté de s'améliorer."
_"Mais nous n'avons pas dit notre dernier mot."
_"Que voulez-vous dire ?"
_"À l'époque, j'avais été tellement impressionné par ce rapport, que peu de temps après le vote, j'ai décidé de réunir un groupe d'hommes qui continuerait le travail accompli par le Professeur Larochette… Et nous sommes à la veille d'un tournant de l'histoire.
_"Vous blaguez ? Le groupe de recherche existe toujours ? Qui en fait parti ?
_"Vous seriez intéressé ?
_"Absolument, si cela peut nous permettre de mettre en place un système de protection plus efficace et plus sûr. Et puis, à part un bannissement temporaire, que risquent-on ? les dommages encourus seraient minimes." La voiture s'arrête à côté des balles et les deux hommes descendent. Pendant que Nathan Gurtz frappe sa balle, Gil kedrotska continue : "Pensez-vous que votre cousin, le Capitaine Mann, pourrait lui aussi, être intéressé ? Nous recherchons des figures de proue, et il semble assez impétueux et charismatique pour être la face visible du mouvement.
_"Etant donné la dernière discussions que nous avons eu ensemble, je pense que nous pourrions l'approcher sans se faire trop de soucis. D'ailleurs, Everett a une revanche à prendre. Il pense que sa famille le sous-estime. Il m'a fait part de son désir de s'émanciper afin d'accroître son pouvoir."
—"Très bien, très bien…" Le Capitaine Gil kedrotska hoche doucement la tête en souriant à peine, puis ajuste son tir avant d'envoyer sa balle puissamment vers l'horizon.
Plus tard et ailleurs dans le monde. Dans un bureau du dernier étage d'un immeuble, un groupe d'une trentaine d'hommes discute. L'un d'eux, le Capitaine Rembrandt, se lève, s'allume un cigare et marche derrière les autres toujours assis. Il commence à parler : "La masse des gens sur la planète vit dans un monde gris, la plupart d'entre eux sont célibataires, isolés et dans l'anonymat le plus complet. Les rencontres sont de plus en plus difficiles. Oui, nous avons réussis ! Nous les avons abandonnés." L'assemblée reste sans rien dire mais ne semble pas tout à fait surpris par les propos de Rembrandt, qui continue. "Nous avons balisé leur structure psychique avec une morale implacable aidée bien sûr, par la nouvelle inquisition. L’humanité vit dans une “société spectacle” où les contes et balivernes les plus incroyables sont acceptés, et même recherchés. Mais les terres sont asséchées et infertiles, les animaux périssent. La grogne monte messieurs ! Les conflits sur la planète, se font plus fréquents. Je veux évidemment parler des révoltes que nous n’avions pas organisées ou prévues. Vous pensez réellement que nous pouvons faire comme si rien ne se profilait à l’horizon ? Nous sommes sur une corde raide, messieurs.
Au bout de la table, le Capitaine Everett Mann ne dit pas un mot, mais son sourire en coin, ne cache rien de ses états d'âmes. Après quelques secondes de silence, où les toutes les personnes semblaient attendre que quelqu'un prenne la parole, sans bouger et le regard fixe et droit, Everett Mann s'énerve : "Mais que voulez-vous faire, bordel ? Vous voulez distribuer votre fortune, leur donner vos quarante-deux maisons ? Vous savez bien que nous avons été obligé d'agir de cette façon.
Vous voulez une leçon d'histoire peut-être ? Lorsque vers les années 2020, nous avons réalisé que l'économie planétaire ne pouvait être gérée avec autant de partenaires, nous avons commencé à travailler sur le projet de Gouvernement Mondial. Après avoir éliminé les partenaires superflus, fusionné pour créer de nouvelles alliances, contracté des mariages, nous comptions alors plus d'un millier de groupes se répartissant les ressources de la planète. Les nations n'avaient que l'utilité de leur folklore. Ces groupes de pouvoir, n'étaient pas répartis géographiquement, ce fut notre grande conquête. Nous pouvions enfin commencer à construire."
Le Capitaine Mann se lève et continue à s'adresser aux autres : "Le bas de la pyramide se trouvait effectivement isolé et donc dans l'impossibilité de communiquer et de se gérer. Mais une seule chose importait : L'ordre. Car cette libéralisation du commerce que nous avions mis au point au début du vingtième siècle était devenu incontrôlable et pour contrer le chaos naissant, nous avons réunis toutes les forces actives et nous avons répartis la planète. Nous avons créé les seigneuries commerciales modernes. Une centaines de pyramides, non pas multi-nationales car les nations n'avaient plus d'utilité, mais "monopolistico-planétaire", il fallait bien inventer un nom pour ces nouvelles entités." Un autre individu surenchère en levant son doigt vers le ciel : "Votre pays, c'est la société qui vous emploie et vous lui devez fidélité."
Imperturbable et sans vraiment regarder l'homme qui venait de l'interrompre, le Capitaine Mann reprend : "C'est vrai ! Nous avons fait très fort ! Et certainement le plus gros obstacle que nous ayons eut à traverser, fut le savoir. À ce terme de notre progression, nous devions trouver un moyen pour brider l'intelligence. Je dois avouer que la concurrence à la survie, avec les pays les plus pauvres nous a aidé. Un autre individu élève maintenant la voix : C'est logique, il nous fallait juste aligner l'éducation sur le plus bas niveau de la planète, par soucis d'égalité évidemment." L'assemblée se met à pouffer de rire avant de se ressaisir et d'écouter la suite de l'intervention de l'individu. "Après seulement deux générations, chaque individu possédait une vision globale du monde si réduite, le pouvoir d'achat était si bas, le respect de soi si pauvre, la peur pouvait enfin éclater au grand jour et l'ordre pouvait enfin apparaître."
— "C'était un mal nécessaire, il y avait trop d'intervenants, reprend Everett Mann, trop de voix s'élevaient, le brouhaha de la démocratie apportait le chaos. Nous ne pouvions plus rien gérer. Donc nous avons fait ce qu'il fallait, mais pas encore assez. Le désordre nous guettent, j'en vois les prémices, les esprits s'échauffent de nouveau, je sens la colère s'organiser. Alors je vous le demande messieurs, quand allons-nous cesser de gémir et passer enfin à l'action, pour mettre un terme définitif à ce marasme ?
Le silence s'abat soudain sur la pièce. Les hommes s'observent, avec un air grave, les uns après les autres. personne n'ose vraiment prendre la parole. Certains osent une moue d'approbation, mais baisent aussitôt les yeux. Sur ce silence lâche, Everett Mann, qui n'en espérait pas davantage, se lève lentement en souriant légèrement, fait trois pas en lançant sans se retourner : "Je n'attendrais pas la révolution… Soyez-en assuré !" puis passe la porte et quitte la pièce.

Mise à jour le Dimanche, 09 Mai 2010 07:11